Racheter (ou refinancer) un crédit hypothécaire consiste à faire rembourser votre crédit actuel par un nouveau crédit, chez votre prêteur (avenant) ou chez un autre (transfert). L’opération n’a de sens que si l’économie sur les intérêts dépasse ce qu’elle coûte : indemnité de remploi, frais d’acte, frais de dossier et d’expertise éventuels.
- En Belgique, l’indemnité de remploi ne peut pas dépasser trois mois d’intérêt sur le solde restant dû (art. VII.147/12 du Code de droit économique).
- Dans l’exemple chiffré plus bas, un écart de taux de 0,70 point sur 180 000 € est amorti en environ 74 mois ; avec 0,30 point, il faut environ 172 mois, soit plus de 14 ans.
- Aucun gain n’est garanti : tout dépend de votre taux actuel, de la durée restante et des frais réels indiqués dans les offres.
Dans cet article
- Avenant ou transfert vers une autre banque
- Quand un rachat peut valoir la peine
- L’indemnité de remploi
- Frais d’acte, de dossier et d’expertise
- Trois exemples chiffrés
- Simuler un rachat : les chiffres à réunir
- Nouvelle offre ESIS et assurance solde restant dû
- Les étapes
- Si vos mensualités deviennent difficiles
- Questions fréquentes
- Sources

Avenant ou transfert vers une autre banque : deux façons de « racheter »
Le mot « rachat » recouvre deux opérations différentes. Elles ne coûtent pas la même chose et ne demandent pas les mêmes démarches.
Renégociation avec votre prêteur (avenant)
Vous demandez à votre banque actuelle de modifier le taux ou la durée. Le crédit continue, l’hypothèque existante aussi. Certains prêteurs facturent cette modification : demandez le montant par écrit avant de vous décider.
Transfert vers un autre prêteur (refinancement externe)
Un nouveau prêteur accorde un nouveau crédit qui sert à rembourser l’ancien. Il faut en général une nouvelle inscription hypothécaire chez le notaire, donc des frais d’acte, et vous payez l’indemnité de remploi à l’ancien prêteur si le contrat en prévoit une.
Commencez par l’avenant : c’est parfois moins coûteux, et une offre concurrente vous donne un argument chiffré pour négocier. Le principe du refinancement est détaillé dans l’article sur le refinancement hypothécaire et sa rentabilité.
Quand un rachat peut valoir la peine, et quand non
Le calcul dépend de quatre paramètres : l’écart de taux, le capital restant dû, la durée restante et le total des frais. Quelques repères de lecture, sans seuil magique :
- L’écart de taux est net et la durée restante est longue. Les intérêts économisés s’accumulent sur de nombreuses années. C’est le cas où le rachat est le plus souvent envisagé.
- La durée restante est courte. Vous payez déjà surtout du capital : même avec un taux plus bas, les frais fixes sont difficiles à amortir (exemple C plus bas).
- Votre taux actuel est déjà bas. L’écart avec les offres du moment peut être trop faible pour couvrir les frais.
- Vous voulez allonger la durée pour baisser la mensualité. La mensualité diminue, mais le coût total peut augmenter. C’est un choix de budget, pas une économie.
- Vous voulez emprunter un montant supplémentaire (travaux, par exemple). C’est un autre projet : le nouveau crédit doit être évalué pour ce qu’il coûte, pas seulement comme un rachat.
Pour comprendre les différents types de taux avant de comparer, consultez l’article sur le choix du type de taux d’un emprunt immobilier.
L’indemnité de remploi : ce que dit la loi
Quand vous remboursez votre crédit avant son terme, le prêteur peut demander une indemnité si votre contrat la prévoit. Le Code de droit économique fixe le cadre pour le crédit hypothécaire (art. VII.147/12) :
- elle est calculée au taux périodique du crédit, sur le solde restant dû ;
- elle ne peut pas excéder trois mois d’intérêt ;
- en cas de remboursement partiel, les règles s’appliquent proportionnellement ;
- certains cas excluent toute indemnité, par exemple un remboursement consécutif au décès en exécution d’un contrat annexé ou adjoint.
Le consommateur a le droit de rembourser à tout moment le solde du capital restant dû ; un remboursement partiel est possible sauf disposition contraire du contrat. Il avise le prêteur par envoi recommandé au moins dix jours avant le remboursement (art. VII.147/11 § 1). Sur demande, le prêteur doit vous communiquer, sur support durable, les informations chiffrant les conséquences d’un remboursement anticipé (§ 2). Réclamez ce décompte : c’est le montant exact à comparer à votre économie.
Vérifiez votre contrat. Le plafond légal est un maximum : votre contrat peut prévoir un montant inférieur. Le texte de loi cité est la version consolidée au 24/09/2026 ; le Livre VII fait l’objet de modifications récentes (loi du 20/07/2026), donc confirmez la règle applicable à votre contrat auprès de votre prêteur ou d’un notaire.
Frais d’acte, de dossier et d’expertise
L’indemnité n’est qu’une partie du coût. Selon l’opération, demandez le détail chiffré de chaque poste :
| Poste | Quand il apparaît |
|---|---|
| Indemnité de remploi | Remboursement anticipé de l’ancien crédit, si le contrat la prévoit |
| Frais d’acte notarié et d’inscription hypothécaire | Le plus souvent lors d’un transfert vers un autre prêteur ; à vérifier pour un avenant |
| Frais de dossier | Facturés par certains prêteurs à l’ouverture du nouveau crédit ou lors d’une modification |
| Expertise du bien | Si le prêteur demande une nouvelle évaluation |
| Assurance solde restant dû | Si un nouveau contrat est exigé ou proposé (voir plus bas) |
Aucun de ces montants n’est standard : ils varient selon le prêteur, le notaire et le montant du crédit. Notre exemple utilise donc une hypothèse de frais, clairement indiquée, que vous remplacerez par les chiffres de vos offres. Pour la mécanique des mensualités, voir le calcul d’un crédit hypothécaire.
Trois exemples chiffrés
Hypothèses illustratives au 29/09/2026, sans lien avec une offre réelle : crédit à taux fixe remboursé par mensualités constantes ; taux annuels exprimés en taux mensuel équivalent (art. I.9, 44° du Code de droit économique : (1 + taux annuel)1/12 − 1) ; nouveau crédit sur la même durée restante ; indemnité de remploi au plafond légal de trois mois d’intérêt ; frais d’acte, de dossier et d’expertise supposés à 3 000 € ; mensualités arrondies au centime ; coût des intérêts = mensualité × nombre de mois − capital. Les intérêts économisés ne sont pas actualisés. TAEG illustratif : sans autre frais que les intérêts, il est égal au taux annuel (3,60 % pour le crédit actuel, 2,90 % ou 3,30 % pour l’offre) ; les 3 000 € de frais supposés et l’indemnité de remploi ne sont pas inclus dans ces TAEG, et une assurance éventuelle les ferait augmenter.
Capital restant dû : 180 000 € sur 240 mois.
Taux fixe actuel 3,60 % (TAEG 3,60 %, soit 0,2952 % par mois) ; offre à 2,90 % (TAEG 2,90 %, soit 0,2385 % par mois).
- Mensualité : 1 047,81 € contre 985,90 € (−61,91 €)
- Intérêts restants : 71 474,40 € contre 56 616,00 € (−14 858,40 €)
- Indemnité maximale : 1 593,87 € + frais 3 000 € = 4 593,87 €
- Solde après coûts : environ +10 264,53 € ; point mort : environ 74 mois
Même crédit (180 000 €, 240 mois, 3,60 %) ; offre à 3,30 % (TAEG 3,30 %, soit 0,2709 % par mois).
- Mensualité : 1 021,05 € (−26,76 €)
- Intérêts économisés : 6 422,40 €
- Coûts : 4 593,87 €
- Solde après coûts : environ +1 828,53 € ; point mort : environ 172 mois (14 ans et 4 mois)
Capital restant dû : 60 000 € sur 96 mois ; taux fixe 3,60 % contre 2,90 % (TAEG identiques aux taux).
- Mensualité : 718,64 € contre 700,02 € (−18,62 €)
- Intérêts économisés : 1 787,52 €
- Indemnité maximale 531,29 € + frais 3 000 € = 3 531,29 €
- Solde après coûts : environ −1 743,77 € ; le rachat coûte plus qu’il ne rapporte
La leçon de ces trois cas : le même écart de taux (0,70 point) donne un gain net dans l’exemple A et une perte dans l’exemple C, parce que le capital et la durée restante ne sont pas les mêmes. Le point mort vaut aussi pour un projet de déménagement : si vous revendez avant, l’économie n’aura pas eu le temps de se former.
Attention, emprunter de l’argent coûte aussi de l’argent. Ces exemples sont des hypothèses de calcul : ils ne constituent ni une offre ni une promesse d’économie.
Simuler un rachat : les chiffres à réunir
Pour une simulation de rachat de crédit hypothécaire fiable, rassemblez ces cinq données avant de comparer :
- le capital restant dû à la date prévue du remboursement (demandez le décompte à votre prêteur) ;
- le taux actuel, le type de taux (fixe ou variable) et la date de la prochaine révision ;
- la durée restante en mois ;
- le taux, le TAEG et les frais de la nouvelle offre ;
- le total des frais de sortie et d’entrée (indemnité, acte, dossier, expertise).
Comparez ensuite la mensualité, le coût total sur la durée restante et le point mort (frais ÷ économie mensuelle). Le TAEG intègre déjà une partie des frais du nouveau crédit ; il ne remplace pas votre calcul de point mort. Pour le détail de la méthode, lisez comment calculer un prêt hypothécaire pas à pas et l’article sur la simulation d’un prêt hypothécaire.

Nouvelle offre ESIS et assurance solde restant dû
L’offre. Demandez à chaque prêteur la fiche d’informations européennes standardisées (ESIS), qui présente les conditions du crédit sous une forme comparable. Vérifiez le taux, le type de taux, la durée, le TAEG, les frais et les conditions de remboursement anticipé du nouveau crédit : vous en aurez peut-être besoin à nouveau plus tard. L’offre elle-même doit être lue en entier avant signature ; ne signez pas sous pression.
L’assurance solde restant dû. Elle est souvent liée à l’ancien crédit. Avant de rembourser, demandez à l’assureur ce qu’il advient du contrat en cours. Le nouveau prêteur peut exiger ou proposer une nouvelle assurance, dont la prime dépend de votre âge et de votre état de santé actuels : une prime plus élevée peut réduire, voire annuler, l’économie sur les intérêts. Intégrez-la dans votre comparaison.
La durée. Un nouveau crédit sur 25 ans alors qu’il vous en restait 15 fait baisser la mensualité, mais augmente le coût total. Comparez à durée égale, puis décidez si vous voulez réellement changer de durée.
Les étapes d’un rachat
1. Faire le point sur votre crédit actuel
Relevez taux, durée restante, capital restant dû, type de taux et clauses de remboursement anticipé dans votre contrat.
2. Demander un avenant à votre prêteur
Sollicitez une proposition écrite avec le nouveau taux et le coût de la modification.
3. Comparer avec d’autres prêteurs
Obtenez des fiches ESIS à conditions comparables (même montant, même durée) et calculez le point mort de chaque option.
4. Faire chiffrer les frais de sortie et d’acte
Demandez le décompte de remboursement anticipé à l’ancien prêteur et le détail des frais au notaire.
5. Avertir l’ancien prêteur
Le remboursement anticipé se notifie par envoi recommandé au moins dix jours avant la date prévue.
6. Signer chez le notaire, puis vérifier
Contrôlez que l’ancien crédit est bien soldé et que l’ancienne inscription hypothécaire est traitée.
Pour situer le rachat dans l’ensemble du parcours, vous pouvez relire le fonctionnement d’un crédit hypothécaire en Belgique et les conditions pour obtenir un crédit hypothécaire.
Si vos mensualités deviennent difficiles à payer
Si vous avez du mal à faire face à vos mensualités, ne signez pas un nouveau crédit dans l’urgence : un rachat n’efface pas la dette, il la déplace, souvent en l’allongeant. Parlez-en d’abord à votre prêteur, puis, si besoin, à un service d’aide : le CPAS de votre commune ou un service de médiation de dettes agréé. En cas de litige avec un prêteur, le service de médiation Ombudsfin peut être saisi.
Questions fréquentes
Peut-on racheter un crédit hypothécaire à tout moment ?
Le consommateur a le droit de rembourser le solde de son crédit à tout moment (art. VII.147/11), en avisant le prêteur par envoi recommandé au moins dix jours avant. Le prêteur peut réclamer l’indemnité prévue au contrat, dans la limite légale.
Combien coûte l’indemnité de remploi ?
Elle est calculée sur le solde restant dû, au taux périodique du crédit, et ne peut pas dépasser trois mois d’intérêt. Votre contrat peut prévoir moins. Dans l’exemple A, le plafond représente 1 593,87 € pour 180 000 € au taux de 3,60 %.
Vaut-il mieux renégocier avec sa banque ou changer de banque ?
Cela dépend des frais de chaque voie. Une renégociation évite en principe un nouvel acte hypothécaire, mais la banque n’est pas obligée d’aligner son taux. Une offre concurrente vous donne un point de comparaison chiffré.
Faut-il repasser chez le notaire ?
Un transfert vers un autre prêteur passe en général par un acte notarié pour la nouvelle hypothèque. Pour un simple avenant, la nécessité d’un acte dépend de la modification : demandez la précision à votre prêteur.
Que devient mon assurance solde restant dû ?
Elle est souvent attachée à l’ancien crédit. Interrogez l’assureur avant de rembourser, et comparez la prime éventuelle du nouveau contrat, qui dépend de votre âge et de votre santé.
Le rachat garantit-il une mensualité plus basse ?
Non. Une mensualité plus basse peut venir d’un taux plus faible ou d’une durée plus longue ; dans le second cas, le coût total peut augmenter. Comparez le coût total et le point mort, pas la seule mensualité.
Attention, emprunter de l’argent coûte aussi de l’argent.
Pour aller plus loin
Un guide sur le crédit hypothécaire, publié sur le site de notre partenaire, présente les notions utiles pour préparer un dossier. Il s’agit d’une ressource d’information, non d’une offre de refinancement.
Lire le guide du crédit hypothécaire (solucredit.be)
Sources
- SPF Économie, Livre VII du Code de droit économique (art. VII.147/11 et VII.147/12, version consolidée consultée le 29/09/2026).
- SPF Économie, Crédit hypothécaire.
- Wikifin (FSMA), Crédit hypothécaire.
- Fédération du notariat, Immobilier.
- Banque nationale de Belgique, Centrale des crédits aux particuliers.









