Comparer des offres de regroupement de crédits, ce n’est pas comparer des mensualités : c’est comparer ce que chaque offre vous fera payer au total, sur toute sa durée, frais et indemnités compris. Une mensualité plus basse résulte presque toujours d’une durée plus longue, donc d’un coût total plus élevé.
Cette page vous donne une méthode de lecture : les sept critères à relever dans chaque offre, où les trouver dans le document précontractuel (SECCI ou ESIS), un exemple calculé de deux offres à durées différentes, les pièges classiques et les situations où un regroupement n’a pas de sens. Elle concerne le marché belge et le Livre VII du Code de droit économique (CDE).
Ce que vous comparez exactement
Une offre de regroupement est une offre de crédit ordinaire : un prêt à tempérament (crédit à la consommation) ou un crédit hypothécaire, dont le capital sert à rembourser par anticipation vos contrats en cours. Elle obéit aux mêmes règles que n’importe quel crédit : information précontractuelle obligatoire, vérification de votre solvabilité, consultation de la Centrale des crédits aux particuliers, plafonds de TAEG. Le prêteur et l’intermédiaire ont en outre un devoir de conseil (art. VII.75 CDE) : ils doivent rechercher le type et le montant de crédit les mieux adaptés à votre situation et, s’il n’en existe pas, s’abstenir.
Deux offres ne sont comparables que si elles portent sur le même montant financé (capital restant dû de vos crédits, éventuelles indemnités de remploi et frais inclus ou non) et si vous les rapportez à la même base : le coût total. Le point de départ est donc de demander à chacun de vos prêteurs actuels un décompte de remboursement anticipé daté : c’est ce montant, et non le montant emprunté à l’origine, qui sera refinancé. Le mécanisme lui-même (qui rembourse qui, dans quel ordre) est décrit sur la page centralisation de crédits.
Les 7 critères qui comptent réellement
1. Le TAEG, et non le taux débiteur
Le taux annuel effectif global additionne les intérêts et tous les frais imposés (dossier, assurance obligatoire). C’est le seul taux qui permet de comparer deux offres entre elles ; un taux débiteur « à partir de » n’engage à rien. Vérifiez que le TAEG indiqué correspond bien au montant et à la durée que l’on vous propose, car il varie souvent selon les tranches de montant.
2. La durée
Pour un même TAEG, chaque année de plus fait baisser la mensualité et monter le coût total. Comparez la durée de la nouvelle offre avec la durée résiduelle de vos crédits actuels : si vos contrats se terminaient dans 24 à 36 mois et que l’offre court sur 84 mois, vous payez des intérêts pendant quatre à cinq ans de plus. Les durées maximales des crédits à la consommation sont fixées par arrêté royal selon le montant.
3. Le coût total du crédit
Le SECCI mentionne le « montant total dû par le consommateur » : c’est le chiffre à mettre en face de ce qu’il vous reste à payer aujourd’hui sur vos crédits en cours (somme des mensualités restantes de chaque contrat). Si le montant total dû de l’offre est supérieur à ce reste à payer, le regroupement vous coûte plus cher. Selon le commentaire du SPF Économie, le prêteur et l’intermédiaire doivent pouvoir justifier la rationalité économique de l’opération, en comparant le taux et le coût total de l’ancien et du nouveau crédit, et la jurisprudence leur demande d’être « deux fois plus prudents » quand un crédit sert à en rembourser d’autres.
4. Les indemnités de remploi sur les crédits remboursés
Rembourser un prêt à tempérament avant son terme peut coûter une indemnité plafonnée à 1 % du capital remboursé (0,5 % si le contrat se termine dans moins d’un an) ; aucune indemnité n’est due pour une ouverture de crédit, ni lorsque le remboursement intervient pendant une période où le taux débiteur n’est pas fixe (art. VII.97 CDE). Pour un crédit hypothécaire remboursé, l’indemnité est limitée à trois mois d’intérêt sur le solde (art. VII.147/12). Ces montants figurent sur les décomptes de remboursement anticipé ; ajoutez-les au coût de l’offre s’ils ne sont pas financés dedans.
5. La garantie demandée
Une offre en prêt à tempérament se contente généralement d’une cession de rémunération. Une offre en crédit hypothécaire exige une hypothèque ou un mandat hypothécaire sur votre logement : le taux peut être plus bas, mais le bien répond du crédit et des frais d’acte s’ajoutent. À TAEG et durée comparables, la garantie la moins lourde est préférable.
6. L’assurance
Une assurance solde restant dû ou une assurance perte de revenus peut être proposée. Si le prêteur l’impose, son coût doit être compris dans le TAEG ; si elle est facultative, elle en est exclue et vient s’ajouter au coût réel. Demandez le montant de la prime sur toute la durée et comparez les offres avec et sans assurance sur la même base.
7. Les conditions de remboursement anticipé du nouveau crédit
Vous pouvez toujours rembourser le nouveau crédit en avance, mais l’offre précise l’indemnité applicable. Un regroupement sur longue durée que vous comptez solder plus tôt (vente d’un bien, héritage, prime) doit être comparé avec cette indemnité en tête.
Tableau de lecture d’une offre
Les numéros de parties renvoient au modèle belge de SECCI (formulaire de l’art. VII.70 CDE) ; pour l’ESIS, cherchez la rubrique correspondante.
| Critère | Où le lire | Question à se poser |
|---|---|---|
| TAEG | SECCI partie 3 (coût du crédit) ESIS : rubrique TAEG | Calculé sur mon montant et ma durée ? |
| Durée | SECCI partie 2 ESIS : rubrique durée | Combien de mois de plus qu’aujourd’hui ? |
| Coût total | SECCI partie 2 (montant total à payer) ESIS : rubrique coût | Supérieur à mon reste à payer actuel ? |
| Indemnités de remploi | Décomptes de chaque prêteur actuel | Financées dans le nouveau crédit ? |
| Garantie | SECCI partie 2 (sûretés exigées) ESIS : rubrique garantie | Cession de rémunération ou hypothèque ? |
| Assurance | SECCI partie 3 ESIS : rubrique assurance | Obligatoire (dans le TAEG) ou facultative ? |
| Remboursement anticipé | SECCI partie 4 ESIS : rubrique remboursement anticipé | Quelle indemnité si je solde avant terme ? |
Comment lire le SECCI ou l’ESIS
Avant que vous ne soyez lié, le prêteur ou l’intermédiaire doit vous remettre, sur support durable, un document normalisé : le SECCI (« Informations européennes normalisées en matière de crédit aux consommateurs », art. VII.70 CDE) pour un prêt à tempérament, ou l’ESIS (« Informations européennes standardisées », art. VII.127 CDE) pour un crédit hypothécaire. Ces formulaires ont la même structure chez tous les prêteurs : c’est précisément ce qui rend la comparaison possible. Trois règles pratiques :
- Demandez le SECCI ou l’ESIS de chaque offre, pas seulement une simulation ou un courriel. Sans ce document, l’offre n’est pas comparable et vous n’avez pas encore reçu l’information à laquelle vous avez droit.
- Comparez les rubriques une à une, dans l’ordre du tableau ci-dessus, sur des offres portant sur le même montant. Si un prêteur propose de financer en plus une somme « de trésorerie », demandez une version sans cet ajout.
- Demandez par écrit la mise en regard de ce qu’il vous reste à payer sur vos crédits actuels et du montant total dû de l’offre. Le prêteur doit pouvoir la justifier ; s’il ne peut pas démontrer l’intérêt économique de l’opération pour vous, son devoir de conseil lui impose de s’abstenir.
Exemple calculé : deux offres sur 18 500 €
Hypothèses datées du 25/09/2026, avec des TAEG choisis pour l’illustration (aucune offre réelle), hors assurance. Situation de départ : deux prêts et une ouverture de crédit, pour un capital restant dû total de 18 500 €. Pour l’ouverture de crédit, on suppose un apurement en 24 mois afin d’obtenir un reste à payer comparable.
| Crédit en cours | Solde et durée restante | Mensualité |
|---|---|---|
| Prêt personnel, TAEG 8,50 % | 10 000 € sur 36 mois | 314,22 € |
| Prêt auto, TAEG 6,50 % | 6 000 € sur 24 mois | 266,77 € |
| Ouverture de crédit, TAEG 12,50 % | 2 500 € sur 24 mois | 117,49 € |
| Total aujourd’hui | 18 500 € | 698,49 € |
Reste à payer si vous ne changez rien : 20 534,36 €, dont 2 034,36 € d’intérêts. Après 24 mois, le prêt auto et l’ouverture de crédit sont soldés et la charge mensuelle retombe à 314,22 € pendant un an. Indemnités de remploi maximales en cas de remboursement anticipé : 100 € (prêt personnel) + 60 € (prêt auto) + 0 € (ouverture de crédit) = 160 €.
Deux offres de regroupement pour les 18 500 € :
| Offre | Mensualité | Coût total (avec 160 € d’indemnités) |
|---|---|---|
| A : TAEG 8,90 % sur 48 mois | 456,49 € | 22 071,32 € |
| B : TAEG 8,50 % sur 84 mois | 290,06 € | 24 525,07 € |
Lecture : l’offre B affiche le TAEG le plus bas et une mensualité inférieure de 166,43 € à celle de l’offre A, mais elle coûte 2 453,75 € de plus sur la durée. Par 1 000 € refinancés, l’offre A coûte 184,40 € d’intérêts, l’offre B 317,03 €. Et les deux offres coûtent plus que la situation actuelle : 1 536,96 € de plus pour A, 3 990,71 € de plus pour B. Dans cet exemple, le regroupement se paie ; il ne se justifie que si la mensualité actuelle de 698,49 € est réellement intenable pendant les 24 prochains mois, et en connaissant ce prix.
Méthode : formule d’annuité, mensualité = C × i / (1 − (1 + i)−n), avec i = (1 + TAEG)1/12 − 1 ; calcul reproductible dans un tableur. Attention, emprunter de l’argent coûte aussi de l’argent.
Les pièges à repérer dans une offre
- La mensualité mise en avant à la place du coût total. Une publicité ou une offre qui insiste sur la baisse de la mensualité sans afficher le montant total dû masque l’allongement de la durée. La loi interdit d’ailleurs toute publicité qui incite au regroupement ou à la centralisation de crédits, ou qui met en valeur la facilité ou la rapidité d’obtention (art. VII.65, § 1er, 2° et 3° CDE ; art. VII.123 pour le crédit hypothécaire). Une offre présentée ainsi est un signal sur le sérieux de l’intermédiaire.
- Le montant « supplémentaire » glissé dans l’offre. Financer 3 000 € de plus « pour vos projets » augmente le capital, la durée et les intérêts. Le SPF Économie émet d’ailleurs de sérieuses réserves sur l’octroi de liquidités supplémentaires lors d’un refinancement de crédits. Comparez d’abord l’offre à montant égal.
- L’ouverture de crédit qui reste ouverte. Si la réserve d’argent n’est pas clôturée après le regroupement, elle peut se remplir de nouveau : vous cumulez alors l’ancien découvert et le nouveau crédit. Demandez la clôture écrite.
- Le TAEG d’appel sur une autre tranche. Le taux affiché pour 25 000 € ne vaut pas pour 18 500 €. Lisez le TAEG de votre SECCI, pas celui de la publicité.
- Les frais hors TAEG. Assurance facultative, frais d’expertise ou d’acte pour un crédit hypothécaire, indemnités de remploi non financées : additionnez-les à la main.
- Le refinancement d’un crédit presque terminé. Dans un crédit à mensualités constantes, la part d’intérêts décroît avec le temps : plus on approche de la dernière échéance, moins le remboursement anticipé a d’intérêt. Inclure un prêt auquel il reste six mensualités fait repartir ce capital sur plusieurs années.
Regroupement par crédit hypothécaire : ce qui change dans la comparaison
Lorsque l’offre prend la forme d’un crédit hypothécaire (avec ou sans reprise de votre prêt logement), trois postes supplémentaires entrent dans le coût : les frais d’acte notarié et d’inscription hypothécaire, les frais d’expertise du bien, et, si votre crédit logement actuel est remboursé, une indemnité de remploi pouvant atteindre trois mois d’intérêt sur le solde (à titre d’illustration : 1 050 € sur un solde de 120 000 € à 3,50 % de taux débiteur). La durée est aussi généralement plus longue, ce qui étale des dettes de consommation sur quinze ou vingt ans. Le document précontractuel est alors l’ESIS, et votre logement garantit l’ensemble. Ces éléments sont développés sur la page rachat de crédit hypothécaire et dans le guide de référence : Lire le guide du crédit hypothécaire (solucredit.be).
Ce que le regroupement change à la Centrale des crédits aux particuliers
Tout prêteur doit consulter la Centrale des crédits aux particuliers (CCP) de la Banque nationale avant d’accorder un crédit et y déclarer chaque contrat conclu. Un regroupement fait donc apparaître un nouveau contrat ; les anciens, remboursés, sont effacés au plus tard trois mois et huit jours après leur échéance. En revanche, un défaut de paiement enregistré ne disparaît pas parce que le crédit concerné est regroupé : il reste visible un an après sa régularisation, ou dix ans à compter du premier défaut s’il n’est pas régularisé. Vous pouvez consulter gratuitement vos propres données auprès de la BNB avant de comparer des offres.
Quand un regroupement n’a pas de sens, et les alternatives
Un regroupement n’est pas adapté si vos crédits se terminent dans moins de deux ans, si la difficulté est passagère, si votre budget ne permet même pas la nouvelle mensualité, ou si le montant total dû de l’offre dépasse nettement votre reste à payer sans qu’une baisse de charge soit indispensable. Dans ces cas, d’autres voies existent :
- Négocier directement avec vos prêteurs. Un report ou un rééchelonnement d’échéances peut être demandé avant tout défaut.
- Les facilités de paiement accordées par le juge de paix. Si votre situation financière s’est aggravée, le juge de paix peut accorder des délais ou un échelonnement pour un crédit à la consommation (art. VII.107 CDE).
- La médiation de dettes agréée. Les CPAS et les services de médiation de dettes agréés négocient un plan avec vos créanciers, sans nouveau crédit. Les coordonnées sont disponibles via mediationdedettes.be (Région de Bruxelles-Capitale) et, pour toute la Belgique, sur Wikifin.
- Le règlement collectif de dettes. Procédure judiciaire devant le tribunal du travail, avec un médiateur de dettes désigné, lorsque l’endettement est durable et ne peut plus être remboursé normalement.
Si, après ce contrôle, vous souhaitez tout de même obtenir une offre à comparer selon les critères ci-dessus, vous pouvez consulter la page regroupement de crédits d’Express Finance et lui demander le SECCI correspondant à votre montant.