Une centralisation de crédits remplace plusieurs contrats en cours par un seul nouveau crédit. La mensualité unique est presque toujours plus basse que la somme des anciennes, pour une raison mécanique : le nouveau contrat court plus longtemps que ceux qu’il remplace. Chaque mois de plus est un mois d’intérêts de plus. Cette page chiffre ce mécanisme sur un cas concret, explique pourquoi la loi belge autorise des durées plus longues à mesure que le montant centralisé grossit, distingue la centralisation à la consommation de la centralisation hypothécaire et décrit ce que l’opération inscrit à la Centrale des crédits aux particuliers. Elle est purement informative : le Code de droit économique interdit toute publicité qui incite au regroupement ou à la centralisation de crédits (art. VII.65, § 1er, 3° et VII.123, § 2 CDE), et aucune offre n’est proposée ici.
Pourquoi la mensualité baisse : le rôle de la durée, pas du taux
Dans un crédit à mensualités constantes, la mensualité dépend de trois paramètres : le capital, le TAEG et le nombre de mois. Quand on centralise, le capital ne change pas (c’est la somme des soldes restants dus) et le TAEG du nouveau contrat est rarement très éloigné de la moyenne des anciens. Le seul levier qui fait vraiment baisser la mensualité est donc la durée. Or la durée agit dans les deux sens : elle divise la charge mensuelle et multiplie le nombre de mois pendant lesquels des intérêts courent.
La loi belge amplifie cet effet. L’arrêté royal du 14 septembre 2016 fixe une durée maximale de remboursement par tranche de montant. Trois crédits pris séparément sont chacun limités par la tranche de leur propre montant ; une fois additionnés en un seul contrat, ils tombent dans une tranche supérieure, dont la durée maximale est plus longue.
| Montant du crédit | Durée maximale (mois) |
|---|---|
| de 2 500 à 3 700 € | 30 |
| de 3 700 à 5 600 € | 36 |
| de 5 600 à 7 500 € | 42 |
| de 7 500 à 10 000 € | 48 |
| de 10 000 à 15 000 € | 60 |
| de 15 000 à 20 000 € | 84 |
| de 20 000 à 37 000 € | 120 |
| plus de 37 000 € | 240 |
Source : AR du 14 septembre 2016, art. 13, tel que commenté par le SPF Économie (credit2consumer.be, consulté le 26 septembre 2026). Ces plafonds s’appliquent aux crédits à la consommation et aux crédits hypothécaires à destination mobilière, hors ouvertures de crédit. Un prêt de 9 500 € ne peut donc pas dépasser 48 mois ; le même capital, fondu dans une centralisation de 20 500 €, peut légalement être étalé sur 120 mois.
Exemple chiffré : trois crédits en cours contre un seul contrat plus long
Situation de départ fictive, datée du 26 septembre 2026, avec des TAEG choisis pour l’illustration (aucune offre réelle), hors assurance. Trois crédits à la consommation sont en cours, pour un capital restant dû total de 20 500 €.
| Crédit en cours | Solde, durée restante, TAEG | Mensualité / intérêts restants |
|---|---|---|
| A. Prêt personnel | 9 500 € sur 30 mois, TAEG 9,50 % | 355,29 € / 1 158,68 € |
| B. Prêt travaux | 7 500 € sur 42 mois, TAEG 6,90 % | 200,79 € / 933,23 € |
| C. Prêt personnel (électroménager) | 3 500 € sur 15 mois, TAEG 11,00 % | 249,97 € / 249,53 € |
| Total | 20 500 € | 806,05 € / 2 341,44 € |
Sans rien changer, il reste 22 841,44 € à payer. La charge de 806,05 € ne dure que 15 mois : après le remboursement du crédit C, elle tombe à 556,08 €, puis à 200,79 € après le 30e mois, et tout est soldé au 42e mois. Si les trois contrats sont remboursés par anticipation, chaque prêteur peut réclamer au maximum 1 % du capital remboursé (il reste plus d’un an sur chacun) : 95 € + 75 € + 35 € = 205 € d’indemnités (art. VII.97 CDE).
Le nouveau contrat unique porte sur 20 500 € à un TAEG hypothétique de 8,50 %, proche de la moyenne pondérée des trois anciens. Seule la durée varie :
| Durée du contrat unique | Mensualité (baisse) | Intérêts + 205 € d’indemnités (écart avec la situation actuelle) |
|---|---|---|
| 30 mois | 757,96 € (−48,09 €) | 2 443,70 € (+102,26 €) |
| 48 mois | 502,25 € (−303,80 €) | 3 813,22 € (+1 471,78 €) |
| 60 mois | 417,49 € (−388,56 €) | 4 754,48 € (+2 413,04 €) |
| 84 mois | 321,42 € (−484,63 €) | 6 704,13 € (+4 362,69 €) |
| 120 mois | 250,74 € (−555,31 €) | 9 793,64 € (+7 452,20 €) |
Lecture. À 30 mois, proche de la durée restante moyenne des trois crédits, le contrat unique coûte à peu près la même chose que le maintien des trois contrats (+102,26 €, essentiellement les indemnités) : le taux n’apporte rien, la centralisation ne fait qu’ajouter des frais. Tout ce qui fait baisser la mensualité au-delà vient de la durée, et se paie de plus en plus cher à mesure qu’elle s’allonge :
- passer de 48 à 60 mois fait gagner 84,76 € par mois et coûte 941,26 € de plus ;
- passer de 60 à 84 mois fait gagner 96,07 € par mois et coûte 1 949,65 € de plus ;
- passer de 84 à 120 mois fait gagner 70,68 € par mois et coûte 3 089,51 € de plus.
Autre façon de lire le tableau : chaque euro de mensualité en moins coûte 4,84 € sur 48 mois, 6,21 € sur 60 mois, 9,00 € sur 84 mois et 13,42 € sur 120 mois. Le contrat de 120 mois fait payer 9 793,64 € pour un capital de 20 500 €, soit plus de quatre fois les intérêts restant dus aujourd’hui, et il court six ans et demi de plus que le dernier des trois crédits actuels (120 mois contre 42). Il ne se compare pas seulement à la situation d’aujourd’hui : il faut aussi le comparer aux 556,08 € puis 200,79 € que la charge actuelle aurait atteints d’elle-même, sans nouveau contrat, dans 15 puis 30 mois.
Méthode : mensualité = C × i / (1 − (1 + i)−n), avec i = (1 + TAEG)1/12 − 1 ; les montants sont reproductibles dans un tableur. Attention, emprunter de l’argent coûte aussi de l’argent.
Ce que le prêteur doit vous montrer avant de signer
Le commentaire officiel du Livre VII consacré au regroupement de dettes (SPF Économie) demande au prêteur de calculer la mensualité et le coût total restant des crédits à refinancer, de les comparer avec la mensualité et le coût total du crédit de refinancement, de présenter clairement la diminution dans le temps de la charge des crédits en cours face à la charge du nouveau crédit, et de conserver ces tableaux dans le dossier. Lorsque l’opération augmente le coût total, il doit pouvoir justifier un avantage significatif, par exemple une diminution substantielle de la charge mensuelle qui stabilise votre situation financière. C’est exactement le type de tableau ci-dessus : vous êtes en droit de le demander pour vos propres chiffres. Le même commentaire émet de sérieuses réserves sur l’ajout de « liquidités supplémentaires » à une centralisation, et rappelle qu’un refinancement de crédit qui refinançait déjà d’autres crédits appelle une prudence extrême.
Deux règles pratiques en découlent. Si le courtier ou l’intermédiaire est le même pour les anciens crédits et le nouveau, la loi lui retire en principe sa commission, sauf diminution sensible du TAEG (art. VII.114, § 4 CDE) : demandez-lui comment il est rémunéré. Et si l’on vous demande de clôturer une ouverture de crédit, le prêteur doit vérifier que la clôture est effective ; un simple courrier ne suffit pas.
Centralisation à la consommation ou centralisation hypothécaire
Le mot « centralisation » recouvre deux contrats différents. Dans le premier cas, le nouveau crédit est un prêt à tempérament, garanti au plus par une cession de rémunération. Dans le second, il est adossé à une hypothèque sur votre logement, qu’il reprenne ou non votre prêt logement existant.
| Point | Centralisation à la consommation | Centralisation hypothécaire |
|---|---|---|
| Garantie | Cession de rémunération, pas de sûreté réelle | Hypothèque inscrite au bureau Sécurité juridique pour 30 ans, sur le capital majoré d’accessoires (en général 10 %) ; ou mandat hypothécaire |
| Document précontractuel | SECCI | ESIS |
| Frais à l’entrée | Frais de dossier éventuels, compris dans le TAEG | Acte notarié (honoraires, droits d’enregistrement, frais d’inscription hypothécaire), expertise du bien, frais de dossier ; mainlevée de l’ancienne hypothèque le cas échéant |
| Indemnité sur les crédits remboursés | Au plus 1 % du capital remboursé (0,5 % s’il reste un an ou moins) ; rien pour une ouverture de crédit ni en période de taux variable (art. VII.97) | Si le prêt logement est repris : indemnité de remploi de trois mois d’intérêts au plus sur le solde (art. VII.147/12) |
| Durée maximale | Tranches de l’AR du 14 septembre 2016 (tableau ci-dessus) | Mêmes tranches lorsque le crédit a une destination mobilière (reprise de crédits à la consommation) ; ce tableau ne s’applique pas à un crédit à destination immobilière |
| Remboursement anticipé du nouveau contrat | Total ou partiel à tout moment, sans restriction contractuelle | Le contrat peut limiter les remboursements partiels, sans descendre sous un remboursement par an ni interdire un remboursement d’au moins 10 % du capital (art. VII.147/11) |
| En cas de défaut | Recouvrement, cession de rémunération | Saisie et vente forcée du logement possibles |
Le taux hypothécaire est en général plus bas, mais la durée est bien plus longue et les frais d’acte s’ajoutent. Reprenons les 20 500 € de l’exemple à un TAEG hypothétique de 4,00 %, soit moins de la moitié du taux du prêt à tempérament : sur 240 mois, la mensualité tombe à 123,45 €, mais les intérêts atteignent 9 129,16 €, soit 6 992,72 € de plus que le maintien des trois crédits une fois les 205 € d’indemnités comptés, avant même les frais d’acte. Sur 120 mois au même taux, les intérêts sont de 4 322,78 €. Un taux deux fois plus bas ne compense donc pas une durée près de six fois plus longue que celle du dernier crédit en cours (240 mois contre 42). Si le prêt logement existant est repris dans l’opération, ajoutez l’indemnité de remploi : trois mois d’intérêts sur un solde de 150 000 € à 3,20 % de taux débiteur représentent 1 200 €. Les frais d’acte se chiffrent avec le calculateur de la Fédération du notariat (lien en fin de page). Attention, emprunter de l’argent coûte aussi de l’argent.
Pour le fonctionnement complet du crédit hypothécaire (ESIS, taux fixe ou variable, assurance solde restant dû, frais région par région) : Lire le guide du crédit hypothécaire (solucredit.be).
Comment l’argent circule le jour de la centralisation
- Décomptes de remboursement anticipé. Vous demandez à chaque prêteur actuel un décompte daté : capital restant dû, intérêts courus jusqu’à la date prévue et indemnité. Le préavis se fait par envoi recommandé au moins dix jours avant le remboursement (art. VII.96), et le prêteur communique le montant et le calcul de l’indemnité sur un support durable dans les dix jours (art. VII.97). Ces décomptes ont une date de validité : un remboursement décalé change les intérêts courus.
- Versement des fonds. Dans la pratique, le nouveau prêteur verse le plus souvent directement les montants des décomptes aux anciens prêteurs, et vous ne recevez que l’éventuel solde. Si les fonds transitent par votre compte, ils sont destinés aux anciens créanciers : un montant conservé « pour plus tard » reviendrait à emprunter sur dix ans une somme qui ne rembourse rien.
- Clôture des anciens contrats. Chaque ancien prêteur adresse un décompte final. Les ouvertures de crédit et cartes doivent être résiliées par écrit et la résiliation confirmée ; tant qu’une réserve reste ouverte, elle peut se remplir de nouveau à côté du nouveau contrat.
- Nouvel échéancier. Un seul tableau d’amortissement remplace les trois anciens. Conservez les anciens contrats et les décomptes finaux : ils prouvent ce qui a été remboursé et à quelle date.
Les documents à réunir, l’évaluation de solvabilité, le SECCI et le délai de rétractation sont décrits dans la page rachat de crédit : procédure, étapes et lexique. Les critères pour mettre deux offres en regard figurent dans la page comparer des offres de regroupement de crédits : 7 critères. Les formes de crédit qui peuvent être reprises sont listées sur la page quel type de crédit pour un rachat de crédits.
Ce que la centralisation inscrit à la Centrale des crédits aux particuliers
La Centrale des crédits aux particuliers (CCP) de la Banque nationale enregistre tous les crédits à la consommation et hypothécaires des personnes physiques, ainsi que leurs défauts de paiement. Tout prêteur doit la consulter avant d’accorder un crédit et y déclarer chaque contrat conclu. Une centralisation y produit trois effets, selon les délais publiés par la BNB et le SPF Économie (consultés le 26 septembre 2026) :
- Le nouveau contrat apparaît dans les deux jours ouvrables suivant sa conclusion, avec son montant et sa durée. Pendant toute sa durée, il sera visible de tout prêteur consulté pour un autre crédit (auto, logement) et pèsera dans l’évaluation de votre solvabilité.
- Les anciens contrats disparaissent. Pour un contrat remboursé par anticipation, le prêteur doit demander la suppression des données dans les deux jours ouvrables (art. 3 de l’AR du 23 mars 2017) ; pour un contrat arrivé normalement à échéance, les données sont effacées au plus tard trois mois et huit jours après. Vérifiez vous-même la mise à jour : la consultation de vos propres données est gratuite, jusqu’à trois fois par jour en ligne.
- Un défaut de paiement ne s’efface pas. Un arriéré enregistré sur l’un des crédits repris reste visible douze mois à partir de sa régularisation, et au maximum dix ans à partir du premier défaut s’il n’est pas régularisé. Rembourser le crédit concerné par une centralisation régularise l’arriéré, mais ne le fait pas disparaître plus vite.
Le refinancement d’un crédit par un autre est en outre considéré par la jurisprudence comme un signal qui oblige le prêteur à être « deux fois plus prudent » lors de l’évaluation de solvabilité (art. VII.77 CDE). Un refus fondé sur cette évaluation n’est pas une anomalie : c’est l’application de la loi.
Les signes qu’une centralisation n’est pas la bonne réponse
Le commentaire du SPF Économie le formule sans détour : le prêteur n’a pas pour mission d’aider un consommateur qui ne peut plus faire face à ses obligations en lui accordant de nouveaux crédits. Plusieurs signes indiquent que le problème n’est pas la structure des crédits mais l’équilibre du budget :
- des échéances sont déjà impayées, ou un défaut est enregistré à la CCP ;
- la nouvelle mensualité, même sur la durée maximale, ne laisse pas de marge pour les charges courantes ;
- la centralisation n’est envisageable qu’avec des « liquidités supplémentaires » pour tenir jusqu’à la fin du mois ;
- les dettes principales ne sont pas des crédits (loyer, énergie, impôts, soins) : une centralisation ne les reprend pas et ajoute une charge de plus ;
- il s’agit du deuxième ou troisième refinancement des mêmes dettes ;
- les crédits en cours se terminent dans moins d’un an : leur part d’intérêts restante est faible et l’allongement ne rapporte rien.
Dans ces situations, d’autres voies existent et ne passent pas par un nouveau crédit. La médiation de dettes est assurée par le CPAS de votre commune ou par un service agréé par votre Région : le médiateur négocie un plan avec l’ensemble des créanciers, crédits et autres dettes compris. Le règlement collectif de dettes est une procédure devant le tribunal du travail pour un endettement durable : un médiateur est désigné par le juge, un plan est établi, et pendant sa durée vous ne pouvez contracter aucune dette nouvelle ; cette procédure est elle aussi mentionnée à la CCP. Pour un crédit à la consommation dont la charge est devenue trop lourde à la suite d’une aggravation de votre situation, le juge de paix peut accorder des facilités de paiement (art. VII.107 CDE) sans nouveau contrat.
Sources
- SPF Économie, Code de droit économique annoté (credit2consumer.be), consulté le 26 septembre 2026 : art. VII.65 (publicité interdite, crédit à la consommation) ; art. VII.123, § 2 (crédit hypothécaire) ; art. VII.96 et VII.97 (remboursement anticipé) ; art. VII.147/11 et VII.147/12 (indemnité de remploi) ; AR du 14 septembre 2016, art. 13 (durées maximales) ; commentaire « Le regroupement de dettes » ; Centrale des crédits aux particuliers (délais de déclaration et de conservation).
- Banque nationale de Belgique, consultée le 26 septembre 2026 : Tout savoir sur la CCP ; Consulter mes données.
- Wikifin (FSMA), consulté le 26 septembre 2026 : Qu’est-ce qu’une hypothèque ? ; Vos dettes s’accumulent.
- Fédération du notariat, consultée le 26 septembre 2026 : calcul de frais d’acte de crédit hypothécaire.
Les taux de cette page sont des hypothèses de calcul datées du 26 septembre 2026, pas des offres. Attention, emprunter de l’argent coûte aussi de l’argent.