Une centralisation de prêt (on parle aussi de regroupement ou de rachat de crédits) remplace plusieurs contrats par un seul nouveau crédit. Ce nouveau crédit est égal aux capitaux restant dus, augmenté des éventuelles indemnités et frais. Il porte son propre taux, sa propre durée et sa propre mensualité.
La mensualité baisse presque toujours parce que la durée s’allonge, pas parce que les intérêts disparaissent. Dans l’exemple calculé plus bas (18 771 € à 8 % de taux nominal), étaler le remboursement sur 84 mois au lieu de 36 fait passer les intérêts de 2 404,76 € à 5 804,75 €.
Le bon test tient en une comparaison : ce qu’il vous reste à payer sur vos crédits actuels, contre le total à rembourser avec le nouveau crédit.
Dans cet article
- Centralisation, regroupement, rachat : le même mécanisme
- Comment le prêt unique est construit
- Comment les intérêts sont recalculés
- Exemple : trois crédits et quatre durées
- Ce que le TAEG montre (et ce qu’il ne montre pas)
- Taux fixe ou taux variable
- Faire le calcul avant/après
- Si vos remboursements deviennent difficiles
- Questions fréquentes
- Sources et à lire aussi
Centralisation, regroupement, rachat : le même mécanisme
Centralisation de prêt, regroupement de crédits, rachat de crédits : ces expressions désignent la même opération. Un prêteur accorde un nouveau crédit, dont les fonds servent à solder vos contrats en cours. Ceux-ci sont clôturés et il ne reste qu’un contrat, donc une mensualité et une échéance finale.
L’opération n’a pas de régime juridique propre : le nouveau contrat suit les règles de sa catégorie (crédit à la consommation ou crédit hypothécaire). Cette page explique le calcul des intérêts pour un crédit à la consommation en Belgique. Le panorama complet, les contrats concernés et les étapes sont dans notre guide sur le rachat de crédit en Belgique. Lorsqu’un bien immobilier sert de garantie, le mécanisme se prolonge : voir la centralisation hypothécaire.
Comment le prêt unique est construit
Le prêteur ne « fait pas la moyenne » de vos crédits. Il additionne des montants, puis fixe lui-même les conditions du nouveau contrat.
1. Le capital
Il correspond au capital restant dû sur chaque crédit à solder, auquel s’ajoutent les indemnités de remboursement anticipé réclamées par les anciens prêteurs et les frais éventuels du nouveau crédit, s’ils sont financés. Ajouter de l’argent frais est possible, mais c’est alors un emprunt supplémentaire et non plus un simple regroupement.
2. Le taux
Il est fixé par le nouveau prêteur selon votre dossier, le montant, la durée et la date de l’offre. Il n’a aucun lien mécanique avec les taux de vos anciens crédits. Ce qui le fait varier est détaillé dans notre page sur le taux d’un regroupement de crédits.
3. La durée
Pour un crédit à la consommation, elle est plafonnée selon le montant emprunté (arrêté royal du 14 septembre 2016) : 84 mois au plus de 15 000,01 à 20 000 €, 120 mois de 20 000,01 à 37 000 €. Dans les limites du contrat proposé, c’est le paramètre qui a le plus d’effet sur les intérêts.
4. La mensualité
Elle découle des trois éléments précédents. Pour un remboursement à mensualités constantes, avec i le taux nominal divisé par 12 et n le nombre de mois : mensualité = capital × i ÷ (1 − (1 + i)−n).
Comment les intérêts sont recalculés
Dans un crédit à mensualités constantes, les intérêts de chaque mois se calculent sur le capital qui reste dû à ce moment-là. Chaque mensualité contient donc une part d’intérêts qui diminue et une part de capital qui augmente. C’est l’amortissement.
Prenons 18 771 € à 8 % de taux nominal sur 60 mois (mensualité de 380,61 €). Le premier mois, les intérêts sont de 18 771 × 0,08 ÷ 12, soit 125,14 € : il reste 255,47 € pour rembourser du capital. Le capital dû baisse ensuite, et les intérêts avec lui.
| Après | Capital restant dû | Intérêts payés au total |
|---|---|---|
| 12 mois | 15 590,42 € | 1 386,74 € |
| 24 mois | 12 145,85 € | 2 509,49 € |
| 36 mois | 8 415,38 € | 3 346,34 € |
| 48 mois | 4 375,29 € | 3 873,57 € |
| 60 mois | 0 € | 4 065,47 € |
Deux conséquences pratiques. D’abord, une grande partie des intérêts est payée au début : rembourser plus tôt un crédit en cours réduit l’intérêt des mois restants, ce qui explique la logique du remboursement anticipé. Ensuite, un crédit unique plus long vous fait payer des intérêts sur des mois où certains de vos anciens prêts auraient déjà été soldés.
Exemple : trois crédits et quatre durées
Hypothèses au 28/09/2026 : trois crédits à la consommation à taux fixe, mensualités constantes, sans frais de dossier sur le nouveau crédit, indemnités de remboursement anticipé prises à leur maximum légal et financées par le nouveau crédit. Tous les montants sont calculés par amortissement, mensualité arrondie au centime et dernière mensualité ajustée du solde ; un contrat réel peut différer de quelques centimes.
Capital restant dû : 7 200 €
Taux : 9 %
Reste : 36 mois
Mensualité : 228,96 €
Reste à payer : 8 242,48 €
Indemnité maximale (1 %) : 72 €
Capital restant dû : 8 400 €
Taux : 6 %
Reste : 40 mois
Mensualité : 232,22 €
Reste à payer : 9 288,90 €
Indemnité maximale (1 %) : 84 €
Capital restant dû : 3 000 €
Taux : 8 %
Reste : 10 mois
Mensualité : 311,11 €
Reste à payer : 3 111,10 €
Indemnité maximale (0,5 %) : 15 €
Au total : 18 600 € de capital restant dû, 772,29 € de mensualités cumulées, 20 642,48 € restant à payer (dont 2 042,48 € d’intérêts). Le taux moyen pondéré de ces crédits est de 7,48 %. Les indemnités maximales représentent 171 €, ce qui donne un nouveau capital de 18 771 €. Ce montant relève de la tranche à 84 mois maximum. Avec un nouveau taux de 8 % (TAEG d’environ 8,30 % sans autre frais), voici l’effet de la durée :
| Durée | Mensualité | Total remboursé | Écart avec les 20 642,48 € actuels |
|---|---|---|---|
| 36 mois | 588,21 € | 21 175,76 € | + 533,28 € |
| 48 mois | 458,25 € | 21 996,28 € | + 1 353,80 € |
| 60 mois | 380,61 € | 22 836,47 € | + 2 193,99 € |
| 84 mois | 292,57 € | 24 575,75 € | + 3 933,27 € |
Comment lire ce résultat :
- Le coût monte avec la durée. Les intérêts du nouveau crédit sont de 2 404,76 € sur 36 mois, 3 225,28 € sur 48, 4 065,47 € sur 60 et 5 804,75 € sur 84.
- Même sur 36 mois, le total est plus élevé. Ici, les 171 € d’indemnités et un taux (8 %) supérieur à la moyenne actuelle (7,48 %) suffisent à renchérir l’opération. Un taux « raisonnable » ne garantit pas une économie.
- La mensualité comparée est trompeuse. Vos mensualités actuelles cumulent 772,29 € pendant 10 mois, puis 461,18 € jusqu’au 36e mois, puis 232,22 € jusqu’au 40e. Comparer 772,29 € à 380,61 € ne dit pas que vos charges auraient baissé toutes seules en cours de route.
Ce que le TAEG montre (et ce qu’il ne montre pas)
Le taux débiteur est le taux d’intérêt appliqué au capital. Le TAEG (taux annuel effectif global) exprime, sur une base annuelle, l’équivalence entre ce que le prêteur verse et ce que vous remboursez, coût total du crédit compris (article I.9 du Code de droit économique). Sans frais, un taux nominal de 8 % donne un TAEG d’environ 8,30 % et 5,50 % donne environ 5,64 %, parce que les intérêts sont prélevés chaque mois. Avec des frais de dossier ou une assurance imposée, le TAEG monte.
Le TAEG a une limite précise dans une centralisation : il ne dit rien sur les indemnités payées à vos anciens prêteurs ni sur la durée supplémentaire par rapport à vos contrats. Deux offres de même TAEG ne coûtent pas la même somme si l’une dure 60 mois et l’autre 84. Comparez donc les TAEG à durée égale, puis le total à rembourser. La fiche d’information européenne (SECCI) que vous recevez avant de signer reprend ces chiffres.
Taux fixe ou taux variable
Avec un taux fixe, la mensualité et le coût total ne bougent pas pendant la durée convenue. Avec un taux variable, le taux débiteur peut être révisé selon les modalités écrites au contrat, et la mensualité ou la durée peuvent changer. Le TAEG affiché à la signature suppose alors que le taux reste inchangé.
Illustration avec notre exemple sur 60 mois. Si le taux passe de 8 à 10 % après 12 mois, le capital restant dû est de 15 590,42 €. Sur les 48 mois restants, la mensualité passe de 380,61 € à 395,41 € et le total remboursé de 22 836,47 € à 23 547,19 €, soit 710,72 € de plus. Cette hausse est une hypothèse de calcul, pas une prévision.
Détail utile : le prêteur ne peut réclamer aucune indemnité de remboursement anticipé si le remboursement intervient pendant une période où le taux débiteur n’est pas fixe (article VII.97, § 2). Il ne peut pas non plus en réclamer sur une ouverture de crédit. Les indemnités de l’exemple concernent des crédits à taux fixe.
Faire le calcul avant/après
1. Relever le reste à payer
Pour chaque crédit : capital restant dû, taux, nombre de mensualités restantes. Demandez au prêteur un décompte de remboursement anticipé, avec le calcul de l’indemnité (le prêteur le communique par support durable dans les dix jours).
2. Additionner ce qui est réellement dû
Reste à payer sur chaque crédit, plus les indemnités. Ce total est votre point de comparaison.
3. Lire l’offre écrite
Sur la SECCI : capital, taux débiteur, TAEG, durée, mensualité, montant total à rembourser, frais et assurance éventuels.
4. Comparer à durée égale
Comparez le total à rembourser au point de comparaison, puis testez une durée plus courte. Un gain de mensualité qui coûte plusieurs milliers d’euros d’intérêts est un choix de trésorerie, pas une économie.
Pour aller plus loin : lire le résultat d’une simulation de regroupement, le détail des frais et indemnités et les critères pour comparer plusieurs propositions. Wikifin propose aussi un calculateur de crédit indépendant.
Si vos remboursements deviennent difficiles
Un nouveau crédit ne règle pas un budget déjà déséquilibré : il allonge la durée et augmente souvent le coût total. En cas de mensualités impayées, de perte de revenus ou de dettes qui s’accumulent, parlez-en d’abord à votre prêteur, puis à un service d’aide.
- Le CPAS de votre commune propose la médiation de dettes ; Wikifin recense où trouver de l’aide.
- En cas de litige avec un prêteur, le service de médiation Ombudsfin peut être saisi.
- Vos crédits sont enregistrés à la Centrale des crédits aux particuliers de la Banque nationale de Belgique, que tout prêteur consulte avant d’accorder un crédit.
Questions fréquentes
La centralisation de prêt fait-elle baisser le taux d’intérêt ?
Pas automatiquement. Le nouveau taux est fixé par le nouveau prêteur. Il peut être inférieur à vos taux actuels, surtout si vous remplacez une carte de crédit ou une ouverture de crédit, ou supérieur à la moyenne de vos prêts, comme dans notre exemple (8 % contre 7,48 %).
Pourquoi la mensualité baisse-t-elle si les intérêts ne baissent pas ?
Parce que le capital est étalé sur plus de mois. La mensualité diminue avec la durée, alors que le total des intérêts augmente.
Faut-il être propriétaire pour centraliser des crédits ?
Non pour un regroupement de crédits à la consommation, qui ne prend pas d’hypothèque. La propriété d’un bien intervient si le nouveau crédit est garanti par une hypothèque : voir la centralisation hypothécaire.
Puis-je rembourser mes anciens crédits avant leur terme ?
Oui, en tout ou en partie et à tout moment pour un crédit à la consommation. Vous avisez le prêteur au moins dix jours avant, par envoi recommandé, et vous avez droit à la réduction des intérêts et frais correspondant à la durée restante (article VII.96). Une indemnité peut être stipulée : au maximum 1 % du capital remboursé si plus d’un an reste à courir, 0,5 % sinon (article VII.97).
Qui contrôle ma capacité à rembourser ?
Le prêteur doit évaluer votre solvabilité et consulter la Centrale des crédits aux particuliers avant de vous accorder le nouveau crédit. Il peut refuser.
Que faire pour connaître mon coût réel ?
Comparer votre reste à payer actuel au total à rembourser figurant sur l’offre écrite, à durée équivalente. C’est le chiffre qui compte, pas la mensualité.
Sources et à lire aussi
- Livre VII du Code de droit économique (SPF Économie) : définitions (art. I.9), remboursement anticipé (art. VII.96 et VII.97).
- Crédit à la consommation (SPF Économie).
- Centrale des crédits aux particuliers (Banque nationale de Belgique).
- Calculateur de crédit et aide en cas de difficultés (Wikifin).
Page vérifiée le 28/09/2026. La loi du 20 juillet 2026 modifie le Livre VII avec effet prévu au 20 novembre 2026 (modifications non analysées ici) : contrôlez les règles applicables à la date de votre contrat.





