Le prêt à tempérament est, en droit belge, le contrat de crédit par lequel un prêteur met une somme d’argent à votre disposition et que vous remboursez par versements périodiques, en général des mensualités identiques, pendant une durée fixée d’avance (art. I.9, 48° du Code de droit économique). Le montant, la durée, le taux débiteur, le TAEG et le montant total à rembourser sont écrits dans le contrat et ne bougent plus. Le prêt personnel, le prêt auto ou le prêt travaux proposés par les prêteurs belges sont des prêts à tempérament : seule leur affectation change. Ce guide décrit ce que la loi impose au prêteur, ce que le contrat doit contenir et les droits dont vous disposez avant, pendant et après la signature.
Définition légale du prêt à tempérament
Le Livre VII du Code de droit économique (CDE), qui régit le crédit à la consommation en Belgique, définit le prêt à tempérament comme « tout contrat de crédit, quelle que soit sa qualification ou sa forme, aux termes duquel une somme d’argent ou un autre moyen de paiement est mis à la disposition d’un consommateur qui s’engage à rembourser le prêt par versements périodiques ». Trois éléments en découlent :
- Un capital versé en une fois : vous recevez la totalité du montant sur votre compte (ou, pour un crédit affecté, le prêteur paie directement le vendeur). Vous ne pouvez pas « reprélever » ce que vous avez déjà remboursé.
- Une durée déterminée : le nombre de versements est fixé dans le contrat. La loi plafonne cette durée selon le montant emprunté (voir plus bas).
- Des versements périodiques : chaque mensualité rembourse une part de capital et une part d’intérêts. En pratique, les prêteurs belges appliquent un taux débiteur fixe, donc une mensualité constante du premier au dernier mois.
La qualification ne dépend pas du nom commercial. Un « prêt personnel », un « crédit auto », un « prêt rénovation » ou un « prêt étudiant » relèvent des mêmes articles du Livre VII dès lors que le capital est remboursé par versements périodiques sur une durée fixée. Un prêt à tempérament est dit affecté quand le contrat mentionne le bien ou le service financé (véhicule, travaux), et non affecté quand vous utilisez librement les fonds.
Prêt à tempérament, ouverture de crédit, vente à tempérament, crédit-bail
Le Livre VII distingue quatre formes de crédit à la consommation. Les confondre a des conséquences concrètes : les durées maximales, le calcul des intérêts et l’indemnité de remboursement anticipé ne sont pas les mêmes.
- Prêt à tempérament (art. I.9, 48°) : une somme d’argent versée en une fois, remboursée par mensualités fixes sur une durée déterminée.
- Ouverture de crédit (art. I.9, 49°) : une réserve d’argent réutilisable, souvent liée à une carte ; vous remboursez selon vos prélèvements, avec un minimum mensuel et un « zérotage » périodique obligatoire (retour à zéro du solde).
- Vente à tempérament (art. I.9, 46°) : un bien ou un service vendu par le prêteur ou l’intermédiaire lui-même, dont le prix s’acquitte par versements périodiques.
- Crédit-bail (art. I.9, 47°) : la jouissance d’un bien meuble (une voiture, par exemple) contre des loyers périodiques, avec une option d’achat à lever ou non en fin de contrat.
Différences à retenir :
- Avec un prêt à tempérament, les intérêts courent sur un capital qui diminue chaque mois selon un plan connu d’avance. Avec une ouverture de crédit, ils courent sur ce que vous avez effectivement prélevé, et le solde peut rester ouvert tant que vous n’avez pas atteint la date de zérotage.
- Les durées maximales fixées par arrêté royal s’appliquent à tous les contrats sauf l’ouverture de crédit, qui suit un régime distinct (art. 13 et 14 de l’AR du 14 septembre 2016).
- L’indemnité de remboursement anticipé ne peut pas être réclamée pour une ouverture de crédit (art. VII.97, § 2, 3°) ; elle peut l’être, dans les limites décrites plus bas, pour un prêt à tempérament.
Ce que le contrat de prêt à tempérament doit mentionner
L’article VII.78 CDE impose au prêteur d’écrire « de façon claire et concise » un ensemble d’informations dans le contrat. Les principales, pour un prêt à tempérament :
- le type de crédit et l’identité du prêteur (numéro d’entreprise, adresse) et, le cas échéant, de l’intermédiaire ;
- la durée du contrat et le montant du crédit ;
- le taux débiteur et ses conditions (pour un prêt à tempérament belge, il est en pratique fixe) ;
- le TAEG et le montant total dû, calculés au moment de la conclusion, avec les hypothèses utilisées ;
- le montant de chaque terme, les échéances et le nombre de paiements ;
- la procédure pour mettre fin au contrat ;
- la clause signalant que le contrat est enregistré à la Centrale des crédits aux particuliers (art. VII.148), les finalités de cet enregistrement et vos droits d’accès et de rectification.
Deux règles propres au prêt à tempérament méritent attention. D’abord, un contrat à durée déterminée avec amortissement du capital n’est pas parfait tant qu’un tableau d’amortissement n’a pas été remis à chaque partie (art. VII.78, § 1er) ; vous pouvez en outre en redemander un, sans frais, à tout moment pendant le contrat (art. VII.78, § 3, 4°). Ensuite, votre signature doit être précédée de la mention manuscrite « Lu et approuvé pour … euros à rembourser », suivie de la date et de l’adresse de signature : le chiffre à écrire est le montant total dû, pas le capital emprunté.
Lire un tableau d’amortissement : exemple sur 7 000 € en 42 mois
Exemple calculé le 25/09/2026 pour un capital de 7 000 € remboursé en 42 mensualités avec un TAEG illustratif de 8,25 % (taux débiteur fixe équivalent, sans frais annexes). Ce n’est pas une offre. Convention : taux mensuel équivalent i = (1 + TAEG)^(1/12) − 1, mensualité = capital × i / (1 − (1 + i)^−n), soit 191,49 € par mois.
| Échéance | Part d’intérêts | Part de capital |
|---|---|---|
| 1re mensualité | 46,40 € | 145,09 € |
| 2e mensualité | 45,43 € | 146,06 € |
| 3e mensualité | 44,47 € | 147,02 € |
| 42e mensualité | 1,26 € | 190,23 € |
La mensualité ne change pas, mais sa composition évolue : au début, les intérêts pèsent près d’un quart du versement ; à la fin, presque tout est du capital. C’est ce tableau qui permet de vérifier le solde restant dû à une date donnée, par exemple avant un remboursement anticipé. Sur 42 mois, le montant total dû est de 8 042,58 €, soit un coût du crédit de 1 042,58 €. Attention, emprunter de l’argent coûte aussi de l’argent.
Les obligations du prêteur avant la signature
Le Livre VII impose au prêteur, et à l’intermédiaire de crédit s’il y en a un, une série d’obligations dont le non-respect peut entraîner des sanctions civiles (réduction des obligations de l’emprunteur, par exemple) :
- S’informer (art. VII.69) : le prêteur vous demande, au moyen d’un formulaire de demande de crédit, les informations exactes et complètes qu’il juge nécessaires pour apprécier votre situation financière et votre capacité de remboursement. Vous devez y répondre sincèrement.
- Vous informer (art. VII.70 à VII.72) : avant que vous ne soyez lié, il vous remet le formulaire d’« informations européennes normalisées en matière de crédit aux consommateurs » (SECCI), sur support durable. Ce document reprend le type de crédit, le montant, la durée, le taux débiteur, le TAEG, la mensualité et le montant total dû. Il est conçu pour comparer plusieurs offres avant de choisir.
- Expliquer (art. VII.74) : le prêteur fournit les explications adéquates pour que vous puissiez juger si le contrat est adapté à vos besoins et à votre situation financière.
- Conseiller (art. VII.75) : le prêteur et l’intermédiaire doivent rechercher, parmi les crédits qu’ils proposent habituellement, « le type et le montant du crédit les mieux adaptés » à votre situation financière et au but du crédit. Ce devoir de conseil peut se traduire par un refus ou par la proposition d’un montant inférieur à celui demandé.
- Vérifier votre identité (art. VII.76) et évaluer rigoureusement votre solvabilité (art. VII.77) : le prêteur doit consulter la Centrale des crédits aux particuliers de la Banque nationale de Belgique avant de conclure et ne peut accorder le crédit que s’il peut raisonnablement estimer que vous serez en mesure de le rembourser. Une offre qui promet un crédit « sans consultation de la Centrale » est contraire à la loi.
Toute publicité pour un crédit à la consommation doit par ailleurs porter la mention « Attention, emprunter de l’argent coûte aussi de l’argent » (art. VII.64, § 2), et certaines publicités sont interdites : celles qui incitent un consommateur dans l’impossibilité de faire face à ses dettes à recourir au crédit, qui mettent en valeur la facilité ou la rapidité d’obtention, ou qui incitent au regroupement de crédits (art. VII.65, § 1er).
Vos droits pendant le contrat
Se rétracter dans les 14 jours
Vous pouvez renoncer au contrat pendant quatorze jours, sans motif (art. VII.83). Le délai court à partir de la conclusion du contrat ou, si c’est plus tard, du jour où vous recevez les conditions contractuelles complètes. La notification se fait par envoi recommandé ou par tout autre support accepté dans le contrat ; le délai est respecté si l’envoi part avant son expiration. Si le capital vous a déjà été versé, vous le remboursez, majoré des intérêts courus jusqu’au remboursement, dans les trente jours.
Un taux et une mensualité qui ne changent pas
Le contrat de prêt à tempérament belge prévoit un taux débiteur fixe : le prêteur ne peut pas modifier unilatéralement le taux, la mensualité ou la durée en cours de contrat (art. VII.86). Une hausse des taux du marché n’a donc aucun effet sur un prêt déjà signé.
Rembourser par anticipation
Vous pouvez rembourser tout ou partie du solde restant dû à tout moment (art. VII.96), en avertissant le prêteur par envoi recommandé au moins dix jours avant. Vous avez alors droit à une réduction du coût total du crédit correspondant aux intérêts et frais de la durée restante. Le prêteur peut réclamer une indemnité, plafonnée par l’article VII.97 :
- 1 % du capital remboursé par anticipation s’il reste plus d’un an avant la fin du contrat ;
- 0,5 % s’il reste un an ou moins ;
- et jamais plus que les intérêts que vous auriez payés entre le remboursement anticipé et la fin du contrat.
Exemple, calculé sur le prêt de 22 000 € en 96 mois présenté plus bas (TAEG illustratif de 6,75 %) : après 36 mensualités de 295,04 €, le solde restant dû est d’environ 15 060,80 €. Le rembourser intégralement à ce moment coûte au maximum 150,61 € d’indemnité, alors que les 60 mensualités restantes contenaient encore environ 2 641,60 € d’intérêts. Le prêteur doit vous communiquer le calcul de l’indemnité dans les dix jours. Attention, emprunter de l’argent coûte aussi de l’argent.
Retard de paiement : ce que le prêteur peut réclamer
En cas de simple retard, le prêteur ne peut réclamer que le capital échu et impayé, la part de coût du crédit échue et impayée, l’intérêt de retard convenu sur le capital échu, et les frais d’un seul rappel ou mise en demeure par mois, limités à un forfait de 7,50 € plus les frais postaux (art. VII.106, § 2). Toute autre pénalité est interdite.
Le prêteur ne peut exiger le remboursement immédiat de tout le solde (déchéance du terme) que si vous n’avez pas payé au moins deux mensualités, ou une somme égale à 20 % du montant total dû, et que vous n’avez pas régularisé dans le mois qui suit une mise en demeure par recommandé (art. VII.105). Les pénalités sont alors plafonnées à 10 % de la tranche du solde restant dû jusqu’à 7 500 € et 5 % au-delà (art. VII.106, § 1er).
Enregistrement négatif à la Centrale des crédits aux particuliers
Tout prêt à tempérament est enregistré à la Centrale des crédits aux particuliers (volet positif). Un défaut de paiement y est ajouté (volet négatif) lorsque trois termes n’ont pas été payés à l’échéance ou l’ont été incomplètement, lorsqu’un terme échu reste impayé pendant trois mois, ou lorsque le solde est devenu immédiatement exigible. La mention est conservée un an après régularisation, ou dix ans à partir du premier défaut si la dette n’est pas régularisée. Un contrat qui se déroule normalement est effacé au plus tard trois mois et huit jours après sa dernière échéance. Vous pouvez consulter gratuitement les données enregistrées à votre nom auprès de la Banque nationale. Tant qu’un impayé de plus de 1 000 € y reste non régularisé, aucun prêteur ne peut conclure un nouveau contrat de crédit avec vous ; pour un impayé inférieur, il doit motiver spécialement sa décision dans le dossier (art. VII.77, § 2).
Durées maximales selon le montant emprunté
L’arrêté royal du 14 septembre 2016, pris en exécution de l’article VII.95 CDE, fixe la durée maximale d’un prêt à tempérament en fonction du montant. Le prêteur ne peut pas proposer une durée plus longue, même à votre demande. Grille en vigueur (art. 13, consultée le 25/09/2026) :
| Montant du crédit | Durée maximale |
|---|---|
| 200 à 500 € | 18 mois |
| 500 à 2 500 € | 24 mois |
| 2 500 à 3 700 € | 30 mois |
| 3 700 à 5 600 € | 36 mois |
| 5 600 à 7 500 € | 42 mois |
| 7 500 à 10 000 € | 48 mois |
| 10 000 à 15 000 € | 60 mois |
| 15 000 à 20 000 € | 84 mois |
| 20 000 à 37 000 € | 120 mois |
| Plus de 37 000 € | 240 mois |
Le délai commence à courir dans les deux mois qui suivent la conclusion du contrat. Les crédits de moins de 200 € ne sont pas soumis à ces durées. Le même arrêté fixe aussi des TAEG maximaux par type et tranche de montant (art. VII.94 CDE) ; ils sont réexaminés deux fois par an, après mars et après septembre, et publiés par le SPF Économie. Aucun prêteur ne peut proposer un TAEG supérieur au plafond en vigueur pour votre montant.
Deux exemples de prêt à tempérament calculés
Exemples calculés le 25/09/2026 avec un TAEG illustratif de 8,25 % pour 7 000 € et de 6,75 % pour 22 000 € (même convention de calcul que ci-dessus). Ils servent à comprendre la mécanique, pas à annoncer un taux : les TAEG réellement proposés dépendent du prêteur, du montant, de la durée et de votre dossier.
| Montant et durée | Mensualité | Coût total |
|---|---|---|
| 7 000 € · 42 mois | 191,49 € | 1 042,58 € |
| 7 000 € · 36 mois | 219,20 € | 891,20 € |
| 22 000 € · 96 mois | 295,04 € | 6 323,84 € |
| 22 000 € · 60 mois | 430,97 € | 3 858,20 € |
Sur 7 000 €, raccourcir de 42 à 36 mois augmente la mensualité de 27,71 € et économise 151,38 € d’intérêts. Sur 22 000 €, passer de 96 à 60 mois demande 135,93 € de plus par mois mais réduit le coût total de 2 465,64 €. La durée choisie est le levier principal du coût, dans les limites de la grille légale. Attention, emprunter de l’argent coûte aussi de l’argent.
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Questions fréquentes
Prêt à tempérament et prêt personnel : est-ce la même chose ?
Le prêt à tempérament est la catégorie juridique ; le prêt personnel en est la version non affectée, sans justificatif d’utilisation. Le prêt auto ou le prêt travaux sont des prêts à tempérament affectés. Les règles décrites ici (contrat, rétractation, remboursement anticipé, durées maximales, Centrale des crédits) s’appliquent à tous.
Le prêteur peut-il modifier ma mensualité en cours de contrat ?
Non. Le taux débiteur d’un prêt à tempérament est fixe et le contrat ne peut pas être modifié unilatéralement. Seul un nouveau contrat signé par les deux parties, ou un remboursement anticipé partiel, change le plan de remboursement.
Puis-je avoir plusieurs prêts à tempérament en même temps ?
La loi ne fixe pas de nombre maximal, mais chaque nouveau prêteur doit évaluer votre solvabilité en tenant compte des crédits en cours enregistrés à la Centrale, et refuser le crédit si votre capacité de remboursement est insuffisante (art. VII.77). Additionner des mensualités réduit la marge disponible pour les imprévus.
Que faire en cas de litige avec le prêteur ?
Adressez-vous d’abord au service des plaintes du prêteur ou de l’intermédiaire. Sans solution, Ombudsfin, l’ombudsman en conflits financiers, peut intervenir comme médiateur impartial. Le SPF Économie, autorité de contrôle du crédit à la consommation, peut aussi recevoir votre plainte, sans toutefois trancher le litige individuel.
Sources
- Code annoté des crédits aux consommateurs (SPF Économie) — art. I.9 CDE, définitions : prêt à tempérament (48°), ouverture de crédit (49°), vente à tempérament (46°), crédit-bail (47°), consulté le 25/09/2026.
- Art. VII.78 CDE — mentions obligatoires du contrat, consulté le 25/09/2026.
- Art. VII.70 à VII.72 CDE — SECCI, art. VII.75 — devoir de conseil et art. VII.77 — évaluation de la solvabilité, consultés le 25/09/2026.
- Art. VII.83 CDE — droit de rétractation et art. VII.96 et VII.97 — remboursement anticipé, consultés le 25/09/2026.
- Art. VII.105 CDE — déchéance du terme et art. VII.106 — sommes dues en cas de retard, consultés le 25/09/2026.
- Arrêté royal du 14 septembre 2016, art. 13 et 14 — délais maxima de remboursement, consulté le 25/09/2026.
- Art. VII.64, § 2 CDE — mention légale de la publicité, consulté le 25/09/2026.
- Banque nationale de Belgique — Tout savoir sur la Centrale des crédits aux particuliers et son glossaire (critères d’enregistrement des défauts de paiement, délais de conservation), consultés le 25/09/2026.
- FSMA — Crédit à la consommation : plaintes et recours et art. VII.65 CDE — pratiques publicitaires interdites, consultés le 25/09/2026.
- Livre VII du Code de droit économique, texte consolidé sur economie.fgov.be (SPF Économie).